Compétence – Décision sur la compétence – Contredit –Domaine d’application – Détermination
Ass. plén., 8 avril 2016, pourvoi n° 14-18.821, publié au Bulletin, rapport de Mme Farthouat-Danon et avis de M. Petitprez
Le conseil de prud’hommes qui, saisi d’une
exception d’incompétence au profit d’une juridiction étrangère, a, au
visa de l’article 96 du code de procédure civile, dit que les demandes
n’étaient pas recevables par le « présent conseil » et renvoyé les
parties à mieux se pourvoir, a, en dépit de termes inappropriés, statué
uniquement sur sa compétence, en sorte que seule la voie du contredit
était ouverte.
Compétence – Décision sur la compétence – Notification – Notification
non nécessaire – Voies de recours – Indication erronée – Effet
Même arrêt
Le délai de contredit prévu par l’article 82 du code de procédure
civile ne court pas contre la partie qui a reçu, avant son expiration,
une notification du jugement, non prévue par ces dispositions,
mentionnant une voie de recours erronée.
Viole ce texte la cour d’appel qui, pour déclarer irrecevable comme
tardif le contredit, retient que, lorsque les parties ont eu
connaissance de la date à laquelle le jugement serait rendu, le délai
pour former contredit court à compter du prononcé du jugement, l’erreur
sur les modalités de notification étant inopérante, alors qu’elle
constatait que le greffe avait, pendant ce délai, notifié le jugement à
l’intéressé en mentionnant l’appel comme voie de recours.
L’assemblée plénière se prononce, par le présent arrêt, sur les
effets sur le délai de contredit de la notification d’un jugement
comportant des mentions erronées relatives aux voies de recours ouvertes
contre la décision.
Les règles régissant le règlement des exceptions d’incompétence
procèdent de la recherche d’un équilibre entre les impératifs que sont
la nécessité de respecter la compétence des juridictions, en instituant
des sanctions rigoureuses, et celle d’éviter des manœuvres dilatoires
destinées à retarder le règlement du litige au fond. Le code de
procédure civile encadre donc le traitement de ces exceptions et aménage
les voies de recours contre la décision du premier juge, qui peuvent
être, selon des critères assez complexes à mettre en œuvre, l’appel ou
le contredit.
L’article 82 du code de procédure civile dispose que « le contredit
doit, à peine d’irrecevabilité, être motivé et remis au secrétariat de
la juridiction qui a rendu la décision dans les quinze jours de
celle-ci ». Le délai court donc du prononcé de la décision, cette
disposition s’expliquant par le fait que, pour des raisons d’économie et
de célérité, qui trouvent leur origine dans l’histoire du contredit,
celle-ci n’est pas signifiée.
Un tempérament a été apporté à cette règle, la Cour de cassation
décidant que, si le jugement n’a pas été rendu sur-le-champ, le délai
pour former le contredit ne court qu’autant que la date de ce prononcé a
été portée à la connaissance des parties (2
e Civ., 11 janvier 1978, pourvoi n° 76-11.237,
Bull. 1978, II, n° 13 ; 2
e Civ., 3 janvier 1979, pourvoi n° 77-13.495,
Bull. 1979,
II, n° 1). Si ce n’est pas le cas, le délai part de la notification de
la décision. Mais celle-ci a pour seule vocation d’informer son
destinataire de la décision rendue.
En savoir plus